Pourquoi sommes-nous si aveuglément expert ?

Dans l’article « Est-ce que vous vous ennuyez en réunion ? » j’évoquais la jubilation que chaque expert que nous sommes ressent à déverser son expertise sans réellement se soucier de l’intérêt de son auditoire. J’appelle cela le plaisir de s’écouter parler. Je reste convaincu que c’est l’une des raisons principales qui fait de nos réunions des lieux où il fait bon faire la sieste. Pour en avoir discuté récemment avec une cliente que j’accompagne dans la construction de son discours, elle m’a éveillé sur un paradoxe particulièrement croustillant. Le Blabla soporifique serait alimenté par l’idée que c’est ce que les autres attendent de nous. Ce serait en quelques sortes une convention culturelle pour gagner en crédibilité. J’ai depuis partagé ce point de vue et je le confirme après avoir demandé à de nombreuses personnes ce qu’elles pensaient de la qualité des réunions auxquelles elles assistent. Quand nous sommes orateurs, nous nous efforçons de produire un Blabla dont nous sommes d’autant plus fiers que nous sommes persuadés de répondre aux attentes de notre auditoire. Mais quand nous sommes public, nous vivons mal le sentiment de ne pas être pris en compte. Il y a donc un écart considérable entre ce que nous produisons et ce que nous subissons.

Comment alors réconcilier ces 2 visions pour faire de nos réunions des moments aussi agréables qu’efficients ? Techniquement ce n’est pas très dur. Devenir un orateur brillant relève plus de la compétence que du talent. Steeve Job, reconnu comme référence en matière de communication, travaillait énormément ses interventions. Elles paraissaient fluides et naturelles mais chaque mot, chaque silence, chaque regard, chaque attitude étaient prévus.
Humainement, c’est plus difficile. En effet, la première chose à faire avant de se lancer dans l’acquisition d’une compétence, c’est d’accepter d’apprendre et donc de changer. En quelques sortes c’est reconnaître que ce que l’on produit n’est pas terrible. Et là il semblerait que c’est plus difficile.

J’ai poussé plus loin mon sondage sur le paradoxe entre ce que l’on produit et ce que l’on ressent.
et j’ai constaté que 100% des personnes interrogées étaient d’accord pour dire :
« qu’est-ce qu’on s’ennuie dans les réunions powerpoint »
Mais le plus drôle c’est que toutes ces personnes disent aussi:
« Moi mes powerpoints ils sont plutôt mieux (que ceux des autres)
En clair on s’ennuie dans les réunions des autres mais pas dans les miennes. Encore une fois, la perception que nous avons de ce que nous produisons est très éloignée de celle de notre public.

On comprend donc pourquoi les choses changent si peu. Personne ne pense avoir besoin de changer mais tout le monde pense que les autres le devraient.
Ceux qui seront parmi les premiers à prendre conscience de la nécessité de changer, seront les premiers à diffuser des idées.
Et « ceux qui diffusent des idées, quelles qu’elles soient, gagnent » (Seth Godin).

Par Gilles Durouchoux

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